The Caravan Project

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Le projet Caravane

Être victime d’une guerre, être forcé de se déplacer dans son pays ou de devenir réfugié dans un autre, c’est peut-être entreprendre le voyage d’un itinérant. Portés par leurs rencontres, ils traversent les villages, se reposent à l’ombre d’un arbre ou sous une tente. Ils marchent sur des sentiers sinueux. Ils ne comptent plus le nombre de fois qu’ils ont glissé, qu’ils ont vu leurs propres enfants tombés sans pouvoir les rattraper. La méfiance qu’ils ont croisée à l’orée d’un bois, la violence du feu qui les a pourchassés, la sécheresse des âmes qu’ils ont visitées, ces souvenirs se bousculent dans leur mémoire. Mais qui entendra un jour les récits dont ils sont porteurs ?

Après avoir travaillé dix années avec les réfugiés palestiniens et irakiens, le flot de réfugiés syriens au Liban a touché la directrice artistique du projet Caravane. Par ses expériences passées, elle s’est sentie impliquée de facto dans cette crise et savait qu’elle devait faire quelque chose à plus grande échelle. Formée aux métiers de clown, de conteuse et avec des études en thérapie sociale, elle eut l’idée d’utiliser ses compétences pour répondre à sa manière aux peurs suscitées par les itinérants débarquant au Liban. Les histoires sont créatrices de lien entre les individus aux horizons éloignés. Il existe peut-être cinq grands thèmes comme la guerre, l’amour … mais chaque histoire est unique avec ses détails et sa narration. Raconter une histoire, c’est transmettre une image unique qui s’ajoute à la palette de représentations qui colorent ce monde. Pour cette directrice artistique, les médias ne faisaient que raconter les histoires des réfugiés en chiffres qui estompent les contours de leur humanité. Quel levier pourrait donc permettre aux itinérants de mettre des mots sur leur odyssée et de faire traverser ces histoires au-delà des frontières des camps ?

A l’origine, son projet était de propager les histoires sous la forme de performances de rues. Mais l’espace de la rue est un espace limité à ses seuls occupants. Elle décida alors de propager ces récits sous forme d’enregistrements sonores dans l’espoir que ces voix toucheraient à la fois la société libanaise puis la société internationale. L’enregistrement sonore est une forme d’art qui, à l’instar du film, de la musique ou du théâtre, transpose la vie à un autre niveau qui peut susciter des émotions nouvelles et faire écho aux expériences passées.

Le projet Caravane a grandi dans les camps. En partenariat avec une association qui connaissait bien les réfugiés, une relation de confiance s’est installée entre les chercheurs d’histoires et les conteurs. Un atelier de thérapie sociale de trois mois a d’abord eu lieu afin de permettre aux histoires de ressurgir du fond de leur mémoire. Puis ceux qui le désiraient ont narré un moment de leur vie, dans les camps ou en Syrie. Un moment unique dans ses détails et sa périodicité et pourtant universel dans sa portée. Chacun pouvait s’imaginer acteur de cette histoire. La beauté des montagnes et des vallées, la douceur du foyer, la peur de la mort, le jeu des relations sociales. Afin de créer un enregistrement sonore, la directrice artistique traitait chaque histoire comme une œuvre d’art. Elle interviewait une personne puis éditait l’enregistrement pour ne garder que la partie souhaitée. Avoir le son clair de la voix était sans doute un de ses plus grands défis car enregistrer sous une tente qui est collée à une dizaine d’autres tentes avec la perpétuelle musique d’ambiance de la vie du camp n’est pas des plus évidents. Il fallait également réfléchir à la forme et après plusieurs essais, il fut décidé de mettre ces enregistrements sous forme de vidéo au fond noir où seule la traduction en anglais déroule sur l’écran. Chaque histoire pouvait prendre jusqu’à cinq jours de travail.

Travailler avec les enfants était également un autre défi. On ne pouvait pas les interviewer, à la place ils mettaient en scène leurs histoires ce qui les amusait beaucoup. Mais un jour, la directrice artistique décida de changer la façon de faire pour des raisons techniques, et demanda aux enfants non pas de jouer leurs histoires mais seulement de les réciter. Sauf qu’elle n’avait pas imaginé le tollé que cela allait créer. Pendant plusieurs jours, les enfants ont manifesté dans le camp en criant qu’ils voulaient faire du théâtre. Ces éclats de voix empêchaient toute prise de son, tout enregistrement. Si les adultes percevaient peut-être le sens des enregistrements et la portée de leurs histoires hors de leurs tentes, les enfants vivaient les enregistrements à l’instar de leurs autres jeux innocents. Le projet Caravane jouait un double rôle : Les réfugiés faisaient l’expérience de s’exprimer sur tous les tons dans le camp tout en faisant porter leurs voix à l’extérieur.

La double action du projet Caravane n’a pas disparu et le projet commence sa deuxième étape, celle de mettre en scène les histoires des réfugiés à travers des performances théâtrales. Le casting a été fait, les répétitions sont en cours. Où se produire, dans quels festivals, ces questions restent encore à éclaircir. Il y a quelques semaines, un programme télévisé libanais a diffusé cinq de ses histoires et invité deux des conteuses sur scène. L’une d’entre elles racontait par la suite comment devant la télévision elle s’était sentie entendue et appréciée par les gens en tant qu’individu. Elle sentait également qu’il y avait désormais quelque chose pour sa fille qui se trouvait au même moment à l’hôpital.

Quant à la directrice artistique du projet, malgré tous ces résultats encourageants, elle continue de se sentir anxieuse. « Pourquoi cette histoire n’a seulement que 300 vues sur Facebook ou sur Youtube? Allez les gens, venez écouter ces histoires ! ».

En voici quelques-unes

A l’ombre du genévrier 

Mon doux foyer

Le Bus

Site Web https://thecaravanlb.wordpress.com/

Page Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=699337663502058&fref=ts

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The Caravan Project

To be the victim of a war, to be internally displaced or to become a refugee into another country, it is perhaps the beginning of an itinerant’s journey. Leaded by their encounters, they cross villages, rest at the shadow of a tree or under a tent. They walk on winding trails. They do not count anymore how many times they slipped or that they saw powerlessly their own children falling. The mistrust they met at the edge of the wood, the violence of the fire that chased them, the dryness of the souls they visited, these memories are jostling in their mind. But who will hear one day the stories they brought with them?

After working ten years with Palestinians and Iraqi refugees, the influx of Syrian refugees in Lebanon touched the artistic director of the Caravan project. Because of her previous experiences, she felt de facto involved in this crisis and she knew she had to do something at a greater level. With a background in storytelling, clown and social therapy studies, she had the idea to use her skills to answer in her own way to fears the newly arrived in Lebanon were generating. Stories link together people from distant horizons. There is perhaps five great themes such as war, love… but each story is unique with its own details and own narrative. Storytelling conveys a unique image, which adds to the pallet of representations coloring this world. According to the artistic director, medias were only telling refugees’ stories in numbers dimming the contours of their humanity. What could therefore provide itinerants with means to put in words their odyssey and make their stories cross the borders of the camps?

At the beginning, her project was to diffuse these stories as street performances. However, the street space is limited in its reach as only its occupants can watch the performances. She thus decided to diffuse these stories as sound recordings in the hope that these voices would touch the Lebanese society and then the international society. Sound recording is an art form which, such as movies, music or theater, can put life to another level, generating new emotions and echoing past experiences.

The Caravan Project grew into the camps. In partnership with an association, which had created links with the refugees, story seekers and story tellers could exchange based on a relationship of trust. First, a three months social therapy workshop took place in order to allow stories to come back from the bottom of their mind. Then those who wanted related a moment of their life, in the camps or in Syria. A unique moment in its details and periodicity, but a universal moment in its reach. Everyone could be the actor of this story. The beauty of mountains and valleys, the warmth of home, the fear of death, the game of social relations. In order to create a sound recording, the artistic director was treating each story as a piece of art. She would interview one person, and then she would edit the recording to only keep the most important part. To record a clear voice was without doubt one of her greatest challenge as recording under a tent glued to dozens of others in a constantly noisy environment was not obvious. It was also necessary to think about the form the sound recordings would take. After several trials, it was decided to put them as black screen videos with only the English translation writings. Each story would take up to five days of work.

Working with children was another challenge. She would not interview them, but instead she asked the children to play their stories, which was a lot of fun for them. But one day, the artistic director decided to change her way of doing for technical reasons, and she asked the children not to play their stories anymore but to recite them only. However, she had never expected the outcry this demand created. For several days, children demonstrated in the camp, crying out their wish to continue theater plays. This outburst of voices prevented any further sound recording. Although adults perhaps perceived the meaning of these recordings and the possible reach of their stories outside the camp, children lived these recordings like another innocent game. The Caravan project was playing a double role. Refugees were experimenting a new way to express in a myriad of tones inside the camp while bringing their voices outside it.

The double action of the Caravan project did not disappeared with the end of recordings and the project is entering a new phase. It is putting on stage the refugees’ stories through theatre performances. The cast has been selected, rehearsals are currently happening. Where to perform, in which festivals, in Lebanon and Europe, these questions are still to answer. Some weeks ago, a Lebanese TV show projected five of the stories and invited two storytellers. One of them then told that for the first time she felt heard and appreciated by people as an individual. She also felt that there was something now for her daughter who was at the hospital at this time.

As for the artistic director, despite all the encouraging results, she still feels anxious. “Why this story got only 300 views on Facebook or Youtube? Come on people, come listen to the stories !”

Here are some of them:

Under the Berry Tree

Home, Sweet Home

The Bus

 

Website https://thecaravanlb.wordpress.com/
Facebook Page https://www.facebook.com/profile.php?id=699337663502058&fref=ts

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3 réflexions sur “The Caravan Project

  1. sim52 dit :

    Vous faites des réfugiés des êtres humains, vous les sortez de la terrible cruauté des statistiques glaciales et indifférentes: vous êtes une preuve que, peut-être, tout n’est pas perdu pour l’humanité.
    Thank you for giving us a soul.

    J'aime

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